Mémoires d'Ici
UNE DOUBLE MISSION: CONSERVER ET METTRE EN VALEUR LE PATRIMOINE HISTORIQUE ET CULTUREL DU JURA BERNOIS 

Nouvelles

Troisième extrait du Journal de Lydie-Amie Farron: Le gémissement des arbres

Actualités Mémoires d'Ici - 21 Avr 2016

Ce gémissement [des arbres] me rappelait vivement la mer et nos forêts du Jura

Le 23 janvier 1849, à Taroussovo


Tous les jours 5 ou 6 traîneaux étaient attelés et les jeunes Messieurs faisaient les cochers pour nous faire faire des parties de plaisir, soit dans les beaux bois des environs, soit dans les champs au bord des rivières ; un jour où il faisait bien froid, nous fûmes conduites à une fabrique de porcelaine à 10 verstes de Taroussovo, pour y arriver, il fallait passer de belles forêts dont les branchages des bois étaient couverts de neige. Le vent agitait légèrement les branches des sapins qui gémissaient en s'entrechoquant et ce murmure, ce gémissement me rappelait vivement la mer et nos forêts du Jura.

Transcription Sylviane Messerli, le 21 avril 2016

Crédit iconographique: Mémoires d'Ici, Fonds Flotron

Deuxième extrait du Journal de Lydie-Amie Farron : les cloches de Novgorod

Actualités Mémoires d'Ici - 20 Avr 2016

Ces cloches de Novgorod ne sortiront jamais de mon souvenir

Le 2 juillet 1849

Je ne sais à quel motif ou pour quel souvenir se fait aujourd'hui (dimanche) une grande procession. Tout le peuple est en rumeur, on porte des images et les drapeaux des églises le long du pont sur la Volkoff et autour des murs du Kremlin et des remparts, une foule suit cette procession. Pendant ce temps, qui a duré au moins deux heures, les cloches n'ont cessé de se faire entendre, surtout celle de la cathédrale de Ste Sophie, dont le carillon a quelque chose de si extraordinaire qu'on se sent comme transporté au-dessus des régions de cette terre. Il semble que c'est un appel au ciel qui est fait au chrétien. Ces cloches de Novgorod ne sortiront jamais de mon souvenir. Le peuple se découvre et se prosterne dans les rues à la vue des images il fait un tems magnifique, un de ces jours si précieux à cause de leur extrême rareté dans ces parages.

Transcription Sylviane Messerli, le 18 avril 2016

Crédit iconographique: Mémoires d'Ici, Fonds Hoirie Guerne

 

Premier extrait du Journal de Lydie-Amie Farron: La trajet de Tavannes à Sonceboz est si court quand on va là pour se séparer dans quelques minutes.

Actualités Mémoires d'Ici - 19 Avr 2016

Lydie-Amie Farron a séjourné une première fois en Russie, à partir de 1838. Le 1er novembre 1841, après un bref séjour à Tavannes, elle quitte à nouveau la Suisse pour rejoindre ses employeurs en Italie. Elle traverse la Suisse, fait halte à Berne, Lausanne et Sion, passe le Simplon au clair de lune, descend le Bassin de Domodossola, arrive à Milan où elle ne trouve pas la personne qui devait l'y attendre.
Ces lignes sont les premières de son journal. Lydie-Amie Farron y dit la douleur de quitter sa mère, sa famille, son pays.

 

Mon départ de Tavannes pour l'Italie 

1er novembre 1841


A peine levée, je descendis de ma chambre pour aller voir ma bonne mère, je la trouvai assise près du foyer occupée tout en pleurant silencieusement à retourner des beignets dans une casserole; je m'approchai d'elle pour lui demander son baiser maternel, de grosses larmes tombaient le long de ses joues, elle baissa les yeux quand elle sentit mes mains sur ses épaules et me regarda d'un air profondément triste et me demanda comment je me sentais et comment j'avais passé la nuit. (...) Que vous êtes à plaindre, vous, pauvres mères qui devez laisser vos filles partir seules pour des pays lointains que vous ne connaissez pas ! Que se passe-t-il dans votre cœur pendant qu'elles voyagent si vous n'avez pas voyagé vous-mêmes ? Votre inquiétude doit être moins grande. Que l'orphelin et le pauvre doivent souffrir sur cette terre ; au banquet du bonheur ils sont si rarement conviés. Qu'est-ce qui les soutient, si ce n'est la pensée puissante et consolante que cette vie n'est qu'un court voyage qui nous conduit dans notre véritable patrie. Là nos travaux et nos peines seront couronnés. (...)

Arrivés au pied de la montagne, je voulus descendre du cabriolet, mais mon frère s'y opposa. Je me retournai pour voir à travers les arbres de notre jardin la maison blanche de ma mère ; une des fenêtres de notre chambre à coucher se montra belle découverte. De sous Pierre Pertuis, je jetai un dernier regard sur notre beau vallon et lui dis encore adieu. Il faisait un très beau jour, un beau soleil du mois de novembre répandait une douce chaleur. L'air était si calme à peine si on pouvait entendre de tems en tems la feuille jaunie du hêtre tomber doucement sur le gazon. J'étais trop vivement et trop profondément émue pour pouvoir déjà à la vue de la nature me laisser aller à la rêverie, d'ailleurs la présence de mon frère et de mes sœurs occupait encore mon cœur. La trajet de Tavannes à Sonceboz est si court quand on va là pour se séparer dans quelques minutes. La diligence de Bâle ne tarda pas à arriver. Je fus heureuse de voir dedans mon cousin Bueche avec sa fille Aline, c'était au moins encore un membre de ma famille qui m'accompagnerait jusqu'à Berne (...) Le claquement du fouet du postillon annonça que la voiture était prête. Je n'aime pas que les adieux durent longtemps. Mon frère sanglota en m'embrassant, me donna la main en me disant d'oublier la scène de la veille. Je fus avec lui comme s'il n'y avait rien eu entre nous, je lui assurai que je ne gardais aucune rancune (habituée depuis tant d'années aux souffrances, mes larmes ne coulent plus facilement, mon cœur se brise, mais je ne pleure pas, d'ailleurs au milieu de tous ceux qui m'aiment, que deviendrais-je en me séparant d'eux si je pleurais autant d'eux ? Ils penseraient que je suis une victime, n'ayant aucune fortune. Que me reste-t-il à faire, quoique j'aie de parens qui en ont, je suis trop fière pour vivre aux dépens d'autrui. Je voudrais donner, mais ne jamais recevoir. Je dis donc que vu ces circonstances-là, je dois surmonter mes angoisses et montrer par mon sang-froid à ma famille que je pars, sinon avec plaisir, du moins avec courage et résignation. Après avoir quitté mes bonnes sœurs et mon frère, je gardai longtemps le silence. Mon cousin par délicatesse ne dit pas un mot, il me laissa me livrer à ma douleur mentale. Mes pensées couraient comme l'eau de la Suze.

Transcription Sylviane Messerli, le 18 avril 2016

Crédit iconographique: Mémoires d'Ici, Fonds Hoirie Guerne

 

 

Lydie-Amie Farron, une Tavannoise en Russie

Actualités Mémoires d'Ici - 18 Avr 2016

Elle a vingt-et-un ans lorsqu'elle quitte Tavannes pour partir en Russie fin juillet 1837. La jeune institutrice formée à Bienne est engagée comme préceptrice chez un général à Moscou. Pendant plus de vingt ans, elle mettra son temps et son savoir au service de familles russes.
Le jour de son départ, du Pierre-Pertuis, elle jette un dernier regard sur son beau vallon : elle renonce à un bourg agricole de 600 à 700 habitants pour entrer dans le monde de la noblesse étrangère. En montant dans la diligence qui l'attend à Sonceboz, elle commence un voyage qui la mènera de Moscou à Saint-Pétersbourg, de Novgord à Varsovie, mais aussi à Florence, à Rome et à Naples. Elle sera dans le Caucase pendant la guerre de Crimée.

Mémoires d'Ici conserve une trentaine de cahiers dans lesquels Lydie-Amie Farron a relaté sa vie dans un monde étranger, ses découvertes, ses impressions - et, si souvent, l'ennui de sa famille et son mal du pays.


Ces documents exceptionnels seront présentés au public,

le jeudi 21 avril 2016 à 20 heures, à la Bibliothèque Régionale Tavannes,

dans le cadre des festivités marquant les 1150 ans de Tavannes.

 

Mise en ligne d'un recueil de procès pour faits de sorcellerie dans un manuscrit du XVIIe siècle

Le document du mois - 07 Avr 2016

Au XVIIe siècle, la chasse aux sorcières fait rage dans l'ensemble de l'Europe. Partout on accuse, on juge, on brûle. C'est une véritable épidémie. La Montagne de Diesse n'est pas épargnée. En témoigne un manuscrit datant du XVIIe siècle qui rapporte 67 procès et confessions de sorciers et de sorcières condamnés entre 1611 et 1667 durant 12 périodes de jugement. Les confessions des 56 femmes et 11 hommes, transcrites dans leur forme définitive par les greffiers de justice, étaient relues à l'accusé au moment du jugement pour que celui-ci les confesse publiquement.

On a voulu effacer son nom en déchirant une page de son procès. En le lisant, on arrive cependant à comprendre d'elle que c'est une femme âgée : sous la torture, elle avoue avoir rencontré le diable il y a 48 ans déjà. Les faits qui lui sont reprochés sont les mêmes que ceux que l'on retrouve dans les autres procès : elle reçoit du pucet avec lequel elle tue gens et bêtes et danse avec ses complices. Un long épisode retient néanmoins l'attention, il décrit comment cette sage-femme, qui a exercé son métier durant quarante ans environ, avorte la fille de sa sœur, enceinte des œuvres de son oncle. Dans sa tentative de cacher le fruit de cette union incestueuse se lit une misère humaine triste et émouvante.

Téléchargement de la transcription du procès d'une femme dont le nom a été effacé

 

Elles s'appelaient Françoise Maillard et Anthoina Bageoles. Toutes deux ont habité La Neuveville. La première a rencontré Sathan alors qu'elle était obligée de vendre ses biens, la seconde en allant chercher le cheval à la nuit tombée après s'est fait menacer par son mari. Leurs crimes semblent dérisoires à nos yeux : elles sont accusées d'avoir tué des animaux, d'avoir « battu l'eau » (pour faire venir la grêle), d'avoir dansé avec leurs complices. Toutes deux ont été condamnées à être brûlées, l'une en 1616, l'autre en 1629.

Téléchargement de la transcription du procès de Francoise Maillard

Téléchargement de la transcription du procès de Anthoina Bageoles

 

Pierre Villier de Prêles a rencontré le diable en rentrant de Corgémont où il avait vendu ses bœufs mais n'avait pas pu être payé en retour. Margueron Jacquet de Lignières s'est donnée à Sathan alors que son oncle Johan Berudet exigeait d'elle le paiement de cinquante écus. Bendicte Vallet de Chésard, accusée de paillardise, sur le sentier conduisant aux vignes.

De ces rencontres, ils garderont une marque, placée entre les deux épaules ou sur la jambe, et l'ordre de faire mourir gens et bêtes en les touchant avec la graisse remise par leur nouveau maître. Ils tenteront de faire tomber la grêle ou de provoquer une infestation des arbres par des chenilles. Avec leurs complices, les femmes se retrouveront de nuit pour danser.
Les actes qui ont été reprochés à ces femmes et ces hommes emprisonnés dans la forteresse de Diesse au XVIIe siècle sont exposés dans les Procès et confessions contenus dans le manuscrit appartenant au Synode de l'Eglise réformée jurassienne et conservé au Centre régional d'archives et de documentation du Jura bernois.

 

Téléchargement de la transcription du procès de Pierre Villier

Téléchargement de la transcription du procès de Margueron Jacquet

Téléchargement de la transcription du procès de Bendicte Vallet


La reproduction des originaux est accessible en ligne :
www.e-codices.unifr.ch/fr/mdi/FER-0001/15

 

Il faut imaginer Sisyphe heureux

Le document du mois - 24 Mar 2016

 

Sérigraphie de Paul Gerber pour l'affiche de son spectacle Sisyphe et la machine à bras, 1996, 15x21cm


Paul Gerber - Paulet pour les initiés, et ils sont nombreux - fut plus qu'une figure du paysage artistique jurassien et bernois. Acteur, metteur en scène, animateur, peintre, sculpteur et bricoleur de tout, il était un insatiable créateur de vie, un volcan furieux en perpétuel bouillonnement.


Fils d’un pasteur mennonite paysan à Tramelan, il ne cessera d’exprimer un rapport physique et spirituel intense avec la Terre, la matière et les humains qui l’entourent. Il obtiendra d’ailleurs la même année une licence de théologie et un diplôme de pantomime. Nous sommes en 1975, et le processus créatif débutant ne fera que s'amplifier pour sans cesse conquérir des territoires nouveaux. Celui qui parle d’abord avec son corps fait entendre la voix de l’humanité, à travers ses propres spectacles et performances au sein de son Atelier du geste. Mais cet engagement, qui ne laisse jamais le spectateur indifférent, s’exprime tout autant dans son travail d’animation auprès de troupes professionnelles et amateures, d’écoles, d’institutions pour handicapés, ici et ailleurs.

Au début de l’année 2015, une exposition a rassemblé à Bienne les traces, parfois encombrantes, des 40 années de création: pans de décors, accessoires, costumes et surtout masques, tous nés du cerveau et des mains de Paul Gerber. Ceux qui avaient croisé la route de Paulet ont eu l’occasion de partager encore une fois les souvenirs et les expériences. Ils ont pu emporter avec eux le masque ou l’aile de papillon qu’ils avaient abandonné aux coulisses d’un spectacle.

Ils y ont aussi découvert, avec un peu de stupéfaction sans doute, les dizaines de caisses renfermant les archives protéiformes attestant du travail de l’artiste, réunies là par ses proches sous la vigilante attention de Ralph Thomas, infatigable compère et président de l’association Atelier du geste.

Ces documents, apprivoisés tant bien que mal, sont désormais conservés et accessibles à Mémoires d’Ici.

 

Descriptif et inventaire du fonds Paul Gerber

Une histoire de Tramelan à travers une collection philatélique

Actualités Mémoires d'Ici - 01 Mar 2016

 

Un nouveau carnet d'images consacré à la collection philatélique de Monsieur Pierre Mathez est dès à présent disponible sur notre site!

 

 


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