Menu

Non publié / Voyager par les livres anciens

MDI_DOC_Voyager%20livres%20anciens%201

Jules Monod, Le Jura bernois, 1902

 
 

 

 

 

Quel intérêt le Jura bernois a-t-il aux yeux des voyageurs du 19e siècle ? Placée à l'écart des grandes routes du tourisme naissant, la région n'est que peu évoquée dans les guides de l'époque. Pourtant, ces Guides du routard avant l'heure, qui s'arrêtent souvent aux mêmes lieux, offrent un regard intéressant sur notre contrée. Cartes de géographie et gravures, descriptions d'hôtels et de restaurants, relais de chevaux, curiosités régionales... les informations contenues dans ces livres disent à leur façon comment les visiteurs extérieurs ont perçu notre région. Les voyageurs racontent, souvent brièvement, leurs découvertes : ils décrivent les paysages qui s'offrent à eux, rapportent les émotions qui les traversent, relatent les accidents qu'ils ont vécus.

 

Extraits de : Souvenirs de Madame Vigée Le Brun, Paris, 1869 

Si vous avez peur des précipices

Aimable comtesse, si vous avez peur des précipices, je ne vous engage pas à suivre la route de l'évêché de Bâle ; vous pourriez bien n'y éprouver d'autre sensation que le mal de la peur ; les précipices sont à perte de vue, et sans parapets ni barrières ; on les trouve à la droite du chemin ; d'énormes rochers à pic bordent le côté gauche. Il s'en est peu fallu que je ne sois tombée dans ces abîmes. Le cheval qui menait ma voiture allait de droite à gauche au bord des précipices. Le chemin était étroit. Tout à coup mon cheval se cabre ; le sang lui sort des narines et jaillit sur les vitres de ma voiture : le cocher descend pour arrêter le cheval, qui bondissait toujours. J'avoue que j'étais fortement effrayée ; je dissimulais ma peur pour ne pas augmenter celle de ma chère compagne Adélaïde ; le ciel eut enfin pitié de nous. Au moment même où nous étions emportées dans les précipices, un homme (le seul que nous ayons rencontré sur cette route) vient à nous, ouvre la portière et nous fait descendre ; puis aussitôt il se réunit au cocher pour retenir le cheval et lui relâcher le harnais ; le col de la pauvre bête était trop serré, et le sang lui avait porté à la tête. Nous étions certainement perdues sans ce bon paysan ; j'ai voulu le récompenser, mais il m'a refusée, en disant : « Je suis heureux de m'être trouvé là. » Que Dieu le bénisse pour prix du service qu'il nous a rendu.

 
 

Extraits de : Madame de Gauthier, Voyage d'une Française en Suisse et en Franche-Comté, 1790

Ses habitans ne sont soumis à aucune espèce d'impôt

Nous retournâmes dîner à l'isle Saint-Pierre ; vers quatre heures le vent s'éleva, ce qui ne nous empêcha pas de nous embarquer. Il est assez rare qu'il soit fort sur le lac de Bienne pour rendre la navigation dangereuse. Comme il n'en est pas de même de celui de Neuchatel, qui devient en peu de tems très-orageux, nous fûmes obligés de débarquer, & de coucher à La Neuveville, faite de voitures. Cette petite ville fait partie de l'évêché de Basle. Tout commerce lui est étranger ; ses habitans, au nombre de cinq cents, vivent du seul produit de leur vignoble ; ils ne sont soumis à aucune espèce d'impôt. (...) Au-dessus de la ville, on apperçoit les restes du château de Schlossberg, qui lui servit long-tems de défense.

 
 

 

Album pittoresque du Jura bernois et neuchâtelois, Saint-Imier, 1894

 

Extraits de : Manuel du voyageur en Suisse, par Richard, édition revue, Paris, Maison, Libraire, [1837]

Par Malleray (où il y a une fort bonne auberge)

Il y a plusieurs charmantes excursions à faire depuis Bienne. (...)
Tavannes (Dachsfelden), joli endroit ; la Couronne est une auberge estimée. Pop. 600 habit. Le château de Tavannes fut réduit en cendres l'an 1499 ; il appartenait à une famille dont le nom figure parmi les magistrats auxquels les évêques de Bâle confièrent le gouvernement du petit Bâle pendant le XIIIe siècle. (...) Le ci-devant couvent de bénédictins de Bellelay, fondé en 1136, est situé à une hauteur considérable sur le Jura, et à 2 lieues de Tavannes, dans une contrée solitaire, au milieu des bois. On remarque dans les cours du couvent la source de la Sorne, qui, au-delà du village de Sornetan, se jette dans les précipices de Pichoux, où l'on descend par un sentier (...)
A Court, dans le val de Moutiers, par Malleray (où il y a une fort bonne auberge), et Bévillard, 2 lieues. De Court à Moutiers, 1 lieue ½. A Bellelay, 2 lieues, toujours en montant ; de là on trouve des chemins pour entrer dans la vallée de Delémont (...)

 
 

MDI_doc_VoyagerLivresAnciens3

Album pittoresque du Jura bernois et neuchâtelois, Saint-Imier, 1894

 

Extraits de : Hermann Runge, La Suisse. Collection de vues pittoresques, Darmstadt, 1866

La plupart des maisons sont entourées de spacieux et beaux jardins

Avant de continuer, en descendant la vallée, la route qui conduit à Bienne, remontons-la un instant en prenant la route de La Chaux-de-Fonds. A Sonceboz et à Sombeval le sol est déjà fertile, mais il l'est davantage à Corgémont ; c'est là que le vallon atteint sa plus grande largeur. Plus haut, nous trouvons les villages de Cortébert et Courtelary. Le Vallon-de-St-Imier est fertile ; il possède particulièrement bon nombre de belles prairies et beaux pâturages. Les habitants y exercent plusieurs professions, telle que bordage, crochetage, et la fabrication de la dentelle faites au fuseau qui sont estimées par leur finesse et leur solidité.
(...)
Ces deux derniers villages [Sonvilier et Renan] sont bien bâtis et élégants. La plupart des maisons sont entourées de spacieux et beaux jardins, entretenus avec soin. L'industrie horlogère y prédomine de beaucoup sur les autres arts et métiers. C'est dans les environs de Renan que la Suze prend sa source.