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Non publié / Paris, le 7 mars 1790

lettre_Morel

© Mémoires d'Ici, Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont)

 

A Monsieur
Monsieur Morel très fidèle Ministre
du St Evangile & Doyen de
la Vénérable Classe d'Erguel
à Corgémont
Val de St Imier par Belfort et Porrentrui

 

Charles-Ferdinand Morel, âgé alors de 18 ans, envoie cette lettre à son père le 7 mars 1790. Il est en route vers le Nord de la France, où il officiera comme ministre de camp (aumônier) au régiment de Reinach en garnison à Maubeuge. Le natif de Corgémont découvre un Paris en effervescence :

Je ne vous dirai pas quelle a été ma surprise de voir Paris. C'est un monde, un bruit terrible, je viens des Thuileries où je ne crois pas avoir vu moins de 6 mille personnes toutes rassemblées. La raison en est qu'ils font la revue de la milice, ration se fait aujourd'hui tout près de là, aux Champs Elysées. En passant le long de cette rue, je puis bien dire que j'ai vu plus de 200 voitures monter et descendre dans peu de temps. C'est étonnant la quantité de personnes oisives que l'on rencontre. Je ne puis pas vous dire grand chose de l'Assemblée Nationale, elle est assemblée aujourd'hui, mais comme il faut avoir des billets pour y entrer, je n'ai pas pu satisfaire la curiosité que j'aurais eu de la voir. On dit que Monsieur Necker a prononcé dernièrement un discours dans lequel il insinue que les choses sont dans un triste état. Il annonce que sa santé demande qu'il s'absente pour quelque temps, ainsi qu'il partira bientôt. Tout cela est de mauvais [augure ?]. Enfin on paraît fort inquiet, on craint très fort une banque[-route]. L'argent est fort rare ici, tout se paye presque en papier.
La supression des Régiments étrangers aura lieu, on croit que les Suisses seront tout au moins réformés. Au reste on ne peut encore rien assurer. Tout se fait fort lentement, ce qui a engagé environ 200 députés à rejoindre leurs provinces, tant ils étaient dégoûtés des affaires.