Ce que les livres racontent
Mémoires d’Ici, ouvrage appartenant à la Bibliothèque des pasteurs (Fonds Église réformée jurassienne). La page de garde porte une annotation d'Abraham Gagnebin, célèbre médecin et botaniste de La Ferrière.
En cette seconde partie du XVIIIe siècle, les idées de Rousseau font débat dans le Jura. Alors que le pasteur Théophile-Rémy Frêne avait réfuté le Discours sur les arts et les sciences, Alexandre Du Peyrou prend la défense de son ami dans un ouvrage dont l’exemplaire conservé à Mémoires d’Ici recèle une seconde intrigue.
À la fin du XVIIIe siècle, quelques pasteurs d’Erguël sont au coeur des activités culturelles et scientifiques de la région. Ces érudits campagnards fréquentent les élites politiques, lisent et débattent dans les mêmes salons — en particulier celui du Doyen Morel, à Corgémont. C’est bien sûr le Journal du pasteur Théophile-Rémy Frêne qui donne la meilleure idée de ce que fut au quotidien la vie dans ce réseau.
La Bibliothèque des pasteurs, conservée à Mémoires d’Ici depuis 2004, témoigne de ce bouillonnement. Rassemblée a posteriori par le pasteur Charles-Alphonse Simon, la collection ne se cantonne pas à l’horizon théologique ; on y découvre les références littéraires des pasteurs, les débats philosophiques, politiques et scientifiques qui agitent leur époque. Parfois, une discrète annotation manuscrite ravive l’image de ce petit cercle qui échange correspondance et livres.
Le 22 octobre 1781, Abraham Gagnebin*, illustre naturaliste de La Ferrière qui herborisa en compagnie de Rousseau, renvoie l’ouvrage de Pierre Alexandre Du Peyrou au docteur en droit Benoît-Ami Mestrezat, de Courtelary.
Celui-ci est le petit-fils de Pierre, pasteur à Tramelan, et le neveu du fameux bailli d’Erguël Benoît-Aimé Mestrezat. Son père Isaac, médecin, a acquis en 1743 les fermes de la Coronnelle, près de La Ferrière. La famille y passe volontiers l’été, y côtoyant vraisemblablement Abraham Gagnebin (dont la soeur est la voisine des Mestrezat à la Coronnelle).
On peut imaginer que cet ouvrage a ensuite rejoint la bibliothèque des pasteurs Charles-Henri et Charles-Ferdinand Morel, qui ont régulièrement hébergé leur ami Mestrezat à Corgémont. En 1797, Mestrezat lègue tous ses biens, dont la Grande Coronnelle, à la famille Morel.
* voir le dossier de Mémoires d’Ici : Abraham Gagnebin, un savant des Lumières à La Ferrière
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