Mémoires d'Ici - Dossiers web - LES RAMEAUX Du bâtiment évangélique à la maison de la mémoire

LES RAMEAUX
Du bâtiment évangélique à la maison de la mémoire

La Croix-Bleue et le Café de Tempérance

La section imérienne de la Croix-Bleue, constituée en 1882 (deux ans après celle de Tramelan, qui fut pionnière dans le Jura), figure parmi les premiers locataires des Rameaux. Évoluant dans le courant hygiéniste propre à l’époque, la Croix-Bleue veut promouvoir l’idéal d’abstinence en combattant l’augmentation de la consommation d’alcool. La section imérienne, membre de la Société suisse de tempérance, tient ses réunions hebdomadaires dans divers locaux du village, notamment la Chapelle méthodiste et la Cure. Lorsqu’elle s’installe aux Rameaux en 1894, la Croix-Bleue compte une centaine de membres. Elle crée une Fanfare de la Croix-Bleue et un Chœur mixte de la Croix-Bleue, qui connaîtront tous deux une existence intermittente.

Le bail de 1897 indique que La Croix-Bleue loue 200 francs par année la grande salle pour ses réunions les lundis soir et trois à quatre dimanches par année.
De 1894 à 1917, la Croix-Bleue exploite un établissement public sans alcool aux Rameaux : le Café de Tempérance, qui connaît une activité en dents de scie et voit se succéder plusieurs tenanciers.
En 1895, Arthur Huguenin, patron de la Tempérance et concierge du bâtiment, verse un loyer annuel de 950 francs pour son appartement et le café. Dans le bail de 1905, il est précisé que le tenancier et son personnel doivent être abstinents et qu’il lui est même interdit de consommer de l’alcool dans son appartement privé. Le café fermera tous les soirs à 23 h et le dimanche pendant le service religieux. L’installation d’un billard ne doit pas perturber les réunions qui se tiennent dans l’immeuble. Enfin, les jeux d’argent sont totalement proscrits.

La lutte contre l’alcoolisme n’est pas l’apanage de la Croix-Bleue et des milieux chrétiens.
Créé en 1902, le Cercle ouvrier local tient cependant un discours très différent sur ce thème : « on répète souvent que l’alcool conduit à la misère (...), mais c’est la misère qui conduit à l’alcoolisme ». Contre ce fléau, la révolution sociale serait plus efficace que l’abstinence.
En 1920, il ouvre la Maison du Peuple avec un double objectif : distraire et instruire, notamment « pour arracher le peuple à l’habitude constante du café (...) et lutter efficacement contre l’ennui et la misère intellectuelle », désignés comme causes de l’alcoolisme.
La Maison du Peuple comme les Rameaux, avec des outils très similaires (vie associative, bibliothèque, soirées d’étude, convivialité) sont alors des lieux déterminants pour la formation de l’opinion imérienne.